La corne de vache et le microscope. Le vin « nature », entre sciences, croyances et radicalités

« Je suis entrée en contact avec un verre de vin « nature »… une découverte qui m’a libéré l’esprit, stimulé les sens, ouvert la réflexion vers des horizons nouveaux ». Christelle Pineau, docteure en anthropologie sociale et ethnologie à l’EHESS, est partie enquêter auprès de ces vignerons « nature » pour comprendre leurs motivations profondes. Cet ouvrage questionne aussi sur la place de ces vins dans la filière et auprès des consommateurs. Pourquoi ces vins sont-ils « nature » ? Quels en sont les principes ? Une première partie, « Aux sources du vin nature » répond à différentes interrogations. Qui en sont les fondateurs ? À quand remonte cette transition vers cette nouvelle viticulture ? Dans l’histoire l’expression de vin naturel est citée dés le début du XXème siècle et deux figures sont les repères, Rudolf Steiner, le père de la biodynamie et Jules Chauvet, le vigneron-chercheur. Un éclairage étymologique et historique est fait sur les notions de bio, nature et biodynamie. Puis suite à ses rencontres sur le terrain, l’auteure distingue deux sortes de motivations qui déterminent le choix de basculer dans le « nature » , la biodynamie, la (R) évolution culturale, les problèmes de santé et la tendance « rupture conventionnelle » de ceux qui viennent d’autres professions. La partie passionnante est celle de son récit dans « trajectoires de vie, refaire sa vigne », de ses séjours, au fil des mois, auprès d’Anne-Marie Lavaysse., une paysanne-vigneronne dans le Minervois. La troisième partie rentre au cœur du sujet, les pratiques : l’ensemble-vignes, l’animalité, les préparations biodynamiques et la pharmacopée naturelle. Xavière Hardy en est un bel exemple : elle soigne ses vignes à partir de tisanes solaires de plantes. Elle donne beaucoup de détails sur le déroulement de la taille, des vendanges, du savoir-faire de « vins libérés » avec un rappel des temps anciens et de l’importance de l’usage de la main. La partie « Êtres en relation » fait preuve de la grande érudition de l’auteur avec de nombreuses références à des auteurs, d’Hildegarde de Bingen à Bruno Latour en passant par Michel Serres sur les relations que l’homme entretient avec Gaïa, sur les communications avec tous les éléments de la nature. Entre les vignerons il y a tout un réseau d’entraide hors normes. Et les femmes ? Plusieurs vigneronnes témoignent , Noëlla Morantin, Catherine Marin-Pestel. Dans la dernière partie, sont analysés les réseaux, les circuits entre producteurs et consommateurs, le terroir et l’AOC, les étiquettes, la diffusion à l’étranger. Dernière phrase de cet ouvrage de référence présentant une étude approfondie : « Pour le plaisir de produire et de boire des vins aux goûts non trafiqués, non standardisés, mais aussi dans le souci de préserver le bien collectif, qu’il soit végétal, animal ou humain ».

5/5

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