Quel plaisir de retrouver Agatha, cette éthologue qui passionne un large public sur son site leniddepie.com. Déjà dans deux autres livres, Alice au pays des sciences, Sociétés animales et La battle du vivant, elle a montré ses talents de vulgarisatrice scientifique. Docteure en éthologie, elle va nous faire découvrir ce qu’est cette science en quatre grandes parties. Marine Joumard apporte une note d’humour par ses dessins et ses schémas précis explicitent des expériences. Tout d’abord, dans «Avant l’éthologie », un événement important est l’attribution du prix Nobel à trois scientifiques en 1973 : Karl von Frisch a décrypté la danse des abeilles, Konrad Lorenz a travaillé sur l’empreinte et Niko Tinbergen a conduit des expériences sur les leurres. Il marque les débuts de l’éthologie. Depuis quand les hommes s’intéressaient-ils au comportement animal ? Dans les grottes préhistoriques, les peintures décrivent les attitudes d’animaux. Des écrits antiques, ceux d’Aritoste ou Pline l’Ancien, ou ceux des fabliaux au Moyen Age, prêtent aux animaux des sentiments humains. Avant les encyclopédistes, tous les écrits montrent l’absence de recours à des protocoles rigoureux. Le comte de Buffon , avec son Histoire naturelle, a marqué une étape importante pour l’histoire naturelle. Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire qui a utilisé le premier le terme d’éthologie et Georges Cuvier utiliseront la technique de l’anatomie comparée. Un changement notable est le passage du fixisme au transformisme. Jean Baptiste de Lamark a eu un rôle essentiel pour comprendre l’évolution des espèces. Darwin et Wallace ont découvert les mécanismes de l’évolution. A la fin de chaque chapitre, un quiz est proposé, permettant de voir si le lecteur a bien retenu les informations. Toutes les informations sont étayées par de nombreux extraits des œuvres citées. Dans la première partie « La naissance de l’éthologie moderne », l’auteure décrit les deux grands camps qui ont construit l’éthologie : les biologistes objectivistes et les psychologues béhavioristes. Les trois prix Nobel, Karl Von Frisch, Konrad Lorenz et Niko Tinbbergen appartiennent au mouvement des objectivistes, défendant l’acquis. Les béhavioristes (behavior signifie comportement) se penchent sur le comportement animal mais avec des méthodes différentes. Le behaviorisme repose sur la notion de conditionnement, défendant l’acquis. La découverte du réflexe conditionné a été faite par Ivan Pavlov. Ce mouvement atteint une renommée mondiale avec la loi de l’effet de Skinner. Les deux mouvements se sont affrontés au début du XX° siècle. Un champ de recherche se construit « pour explorer (enfin) tout ce qui se trame dans la tête des animaux ». C’est l’émergence du cognitivisme. Il est à remarquer que les ouvrages de référence ont été majoritairement écrits par des hommes blancs et issus de milieux aisés, c’est à dire avec des aprioris politiques. Des découvertes majeures ont été ainsi effacées. La française Jeanne Villepreux-Power a observé que l’argonaute voilier mâle était trente fois plus petit que la femelle. Personne n’a jamais entendu parler de cette scientifique. Dans la deuxième partie, « le guide pratique de l’éthologie », suite à la parution de Daniel Lehrman, Tinnbergen définit quatre grandes questions propres à la « méthode biologique » : la cause, l’ontogenèse, la phylogenèse et la fonction. Vous avez sans doute entendu parler du cheval Hans le malin ? Pour Frans de Waal, l’anthropomorphisme n’est pas forcément à bannir mais il faut faire attention. Pendant longtemps on n’a étudié que les chants des oiseaux mâles ! Heureusement des chercheuses ont rétabli la vérité en s’intéressant aux femelles. Aujourd’hui le test du miroir est remis en question. Un parfait éthologue doit observer beaucoup d’individus. Il utilise plusieurs techniques d’échantillonnage, a recours à la vidéo et au suivi par GPS. Dans la troisième partie, « Le propre de l’humain existe-t-il seulement ? Des penseurs au fil des siècles ont cherché à définir le propre de l’homme. Pour Darwin il n’y avait qu’une différence de degré. Quelles sont les dernières exclusivités propres aux humains ? Des chercheurs japonais ont montré que des macaques japonais sont capables de transmission culturelle. De nombreux exemples montrent que la transmission culturelle n’est pas uniquement réservée aux humains.! Des expériences ont été menées auprès des chimpanzés et ont montré qu’« ils sont bien capables d’analyser ce que leurs congénères perçoivent ou savent d’une situation et ajustent leur comportement en conséquence ». Les corvidés aussi ont une « théorie de l’esprit » ! Dans la quatrième partie, «Les émotions au cœur de l’éthologie de demain », le psychologue américain Harry Harlow est à l’origine de la « science de l’amour ». Pour étudier les états émotionnels des animaux, les éthologues ont établi le test cognitif du biais de jugement. De nouvelles méthodes ont été mise au point dont la thermographie. Ces études ont pour but d’améliorer le bien-être des animaux en élevage intensif. Plusieurs niveaux d’empathie ont été observés. Il reste encore beaucoup de questions sans réponse. Cet ouvrage est une passionnante histoire de l’éthologie, la science du comportement des animaux. Apportant des informations scientifiques très approfondies, Agatha Liévin-Bazin montre comment une science naît, s’appuyant sur les acquis du passé, se développe et prend de nouvelles directions, montrant que la frontière entre l’homme et l’animal s’atténue.

Le βeau Livre de l’Univers : du Big Bang au Big Crunch
Cette nouvelle édition actualise certains articles pour tenir compte des avancées théoriques et observationnelles les plus récentes comme la détection des ondes gravitationnelles en septembre






