Philippe J. Dubois, écologue, ornithologue et écrivain, est un ardent défenseur de la nature. Comme il l’explique dans l’avant-propos, l’idée de ce livre lui est venu, lors d’une promenade dans le Cantal, pays de son enfance. Il venait de passer un bon moment avec Denise, vieille dame bientôt centenaire, qui lui remémore comment était la nature autrefois. Il a voulu transmettre le témoignage simple de cette femme qui a vécu toute sa vie en Auvergne. Qui est Denise ? L’’auteur raconte sa vie depuis sa naissance en 1928 dans un tout petit hameau, loin de tout. Ses parents sont agriculteurs, son père est aussi menuisier. La vie n’est pas bien différente de celle d’il y a deux siècles. Denise va à l’école jusqu’à 14 ans. A la ferme on pratique l’« économie du peu ». « La nature, oui, on la respecte, car on en a besoin ». En 1950 elle épouse Henri et part vivre dans un autre village. La vie va être bouleversée avec la course au rendement, la modernisation avec la mécanisation, l’arrivée des tracteurs. De nouvelles vaches apparaissent, de même pour les moutons. Des espèces vont être ainsi fragilisées. Denise en évoquant ces changements : « le monde d’avant était dur, mais il était mieux » ! Pourquoi, se demande l’auteur, a-t-il fallu cette étape d’appauvrissement de la nature pour avoir une agriculture performante ? On a remembré, éliminé les haies, supprimé les zones humides… Le nombre de paysans a diminué. Denise se lamente, aucun jeune ne veut reprendre la ferme de ses parents… Autrefois on entendait les alouettes chanter ! Mais personne n’a noté le nombre d’oiseaux et de ce fait, on ne parle pas de dégradation pour la situation actuelle. Ce n’est pas le jeune agriculteur branché en permanence sur son portable et son ordinateur qui fait attention à son environnement ! Qu’est-ce que la solastalgie ? Philippe J. Dubois emmène Denise voir son hameau de naissance. « Tu sais, me dit-elle, ici, on vivait de peu mais on avait tout ». La « solastalgie » c’est le stress ressenti quand on regarde un environnement que l’on a connu et dans lequel on ne se reconnait plus. L’inventaire des pertes du vivant est déprimant. La nature montre des signes d’épuisement. La non-prise en compte de la perte du vivant engendre de l’« éco-anxiété ». On a beaucoup parlé d’« effondrement » ou de « collapsologie ». Le psychologue Pierre-Eric Sutter a classé les gens anxieux en quatre catégories. Denise est pessimiste: « on a trop tiré sur les ressources et on en paiera le prix fort ». Ce propos rejoint les écologistes et scientifiques au fait de l’état réel de la santé de la Terre. Le mécontentement est grandissant dans le monde et donne lieu à des mouvements rebelles. On est dans une période délicate, oscillant entre résignation et colère. L’auteur repense à son voyage en Mongolie où il a observé des traits communs entre les nomades et les paysans français. Il a fallu augmenter le cheptel et cela a entrainé un appauvrissement de la végétation et une désertification du fait du réchauffement climatique. Les vieux mongols vivaient eux comme Denise avec la même « approche bienveillante de la nature ». Denise regrette beaucoup l’esprit de solidarité qui existait autrefois. Aujourd’hui il faudrait réfléchir à l’agriculture de demain. Il est incroyable de voir que depuis de très nombreuses années des constats alarmants ont été faits ! Aujourd’hui encore on ne procède pas à une refonte en profondeur de notre agriculture ! A petite échelle des agriculteurs ont lié exploitation agricole et protection de la biodiversité. Mais il faudrait que cela se produise à grande échelle. Denise aura, bien avant l’heure, « appliqué les règles que nous devrons nous imposer pour ne pas nous effondrer… elle aura passé sa longue vie sur Terre sur la pointe des pieds, se gardant bien de la marquer d’une empreinte carbone trop lourde ». S’inspirant de la vie de Denise, une auvergnate de 96 ans, Philippe J. Dubois nous amène à une profonde réflexion sur notre relation à l’environnement, prenant en compte amnésie écologique, solastalgie et peur du futur.

Au temps des Cro-Magnon
Et si les archéologues avaient la possibilité de remonter le temps ? Charlie fait un stage sur un chantier de fouilles préhistoriques, daté du Paléolithique supérieur.






