Philippe Bihouix, ingénieur, auteur de nombreux ouvrages sur l’avenir de notre planète dont «L’âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable », fait dans ce roman graphique le bilan d’un gaspillage planétaire. Deux pilotes aux commandes d’un vaisseau spatial… Nous sommes en an de grâce 3019, vision spectaculaire de l’espace définitivement conquis par l’humanité. Le projet d’Elon Musk pour Mars ayant échoué, des gigantesques structures « toroïdales » ont été installées, avec succès, autour de la Terre. Les deux pilotes sont de retour sur Terre. Vincent Perriot, auteur et dessinateur de BD rappelle à Philippe qu’ils ont décidé ensemble de voyager dans le temps et l’espace en conduisant un vaisseau, équipés de costumes de voyageurs temporels. Et les voici repartis dans le temps pour rencontrer le pionnier russe, l’auteur du « voyage sur la lune » jusqu’à la fusée d’Elon Musk. Le récit est très vivant du fait du dialogue entre nos deux héros qui, avec humour, chacun à leur tour, marquent des points. Les dessins très précis de Vincent Perriot restituent dans les moindres détails le contexte social et technologique des époques évoquées. Ils vont rencontrer les « Cornucopiens », « quelqu’un qui a la conviction que nous allons grâce au progrès technique, vers un monde d’abondance ». En voiture volante équipée d’un compteur pour voyager dans le temps, ils passent d’une plate-forme pétrolière au Moyen Âge où il y eut de nombreuses avancées technologiques. Puis sont évoqués les grands noms des philosophes du XVII et XVIII° siècles au sujet des progrès apportés par les sciences. Au XX° siècle, l’industrialisation est « hallucinante » ! Des « futurologues » prédisent l’abondance. La société n’est pas prête pour accepter les conclusions du rapport du club de Rome. « L’exponentielle », deux visions de l’avenir s’opposent : la croissance limitée en fonction des ressources et la croissance illimitée, vue par Jeff Bezos, qui nécessite de partir dans l’espace, illustrées par une très belle mise en scène sur double page. Et si nos rêves étaient différents ?. « Les « ressources » potentielles et les réserves réelles sont passées en revue à la surface et sous la terre pour constater que nous sommes dans un « cercle vicieux ». L’effet rebond est essentiel pour comprendre l’histoire technologique de l’humanité depuis deux siècles. L’extraction effrénée des ressources minières entrainent des conséquences désastreuses ! «De Gaïa à Thanatia », jusqu’où ira l’homme pour assouvir ses besoins ? Comme en science- fiction, différents scénarios sont envisageables dont l’effondrement. Autre double page terrifiante : le poids de la technosphère ! Pourrait-on recycler ? Ils vont explorer l’infiniment petit pour examiner ce qui est recyclable. Savez-vous que dans un smartphone il y a une soixantaine d’éléments venant de plusieurs dizaines de pays ? Démonstration convaincante sur double page : « notre système technique est une gigantesque « machine entropique » ! Une civilisation techniquement soutenable », illustration humoristique : visite de l’Australie un peu trop « low-tech » ! Quelle piste adopter pour le futur ? Faire preuve de « techno-discernement », comment peut-on enclencher cette métamorphose ? « Le vaisseau fou », discussion pour savoir si cette décroissance des flux matériels ne va détruire l’économie. Est-il possible de figer l’évolution technique ? Ne faudrait-il pas regarder comment vivent des peuples qui ont compris depuis toujours que la consommation n’apporte pas le bonheur ? Les hommes se sont habitués à la dégradation de l’environnement, à la disparition des espèces… ils ont une conception erronée de la beauté, « tout être vivant est incroyablement plus beau qu’une fusée » ! Per Paolo Pasolini décrit une nuit enchantée par les lucioles… et si les lucioles revenaient ? Et si était donnée à ce « vaisseau fou » une autre direction ? Quelle belle conclusion de cette épopée très instructive à travers le temps, des débuts de l’humanité jusqu’à nos jours : « Le retour du vivant … et si c’était ça, la « vraie » science-fiction ? ». Souhaitons à ce roman graphique,bilan d’un gaspillage planétaire, passionnant et indispensable dans le contexte actuel d’urgence climatique, le même succès que la bande dessinée « Le monde sans fin » de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain.

Le vivant à vif. D’après le livre « A l’aube de la 6° extinction de Bruno David
Dans son ouvrage, Bruno David, ancien président du Muséum d’Histoire Naturelle, du fait de sa double formation, paléontologue et biologiste, a voulu « mettre en relation






