Le dernier Néandertalien Comprendre comment meurent les hommes

Ludovic Slimak, chercheur au CNRS, est un des meilleurs spécialistes des sociétés néandertaliennes. En 2015, il a découvert les vestiges de l’un des derniers néandertaliens et s’est interrogé sur le chemin de cet homme qui s’éteint à tout jamais avec tous les siens… La découverte de dents humaines, à la Grotte Mandrin dans la Drôme, a demandé énormément de travail mais ce qu’elles ont raconté était « inespéré et d’une grande puissance scientifique et historique ». La quatrième dent du 54e millénaire a modifié ce que nous pensions connaître de l’un des plus grands tournants de l’histoire. En 2016, parti consulter les collections de l’Orient méditerranéen à l’Université d’Harvard, il analyse des milliers de pointes de silex. Il ne trouve aucune différence entre celles des Homo sapiens et celle des Néandertaliens ! Il faut réécrire l’histoire des Sapiens et des Néandertaliens ! Sapiens et Néandertaliens ont bien partagé certains territoires en Europe. La Grotte Mandrin nous parle de ce premier contact. Les analyses des suies permettent de le dire à six mois près. « Moins d’une année sépare le dernier feu néandertalien du premier feu sapiens. » Ces humanités se sont-elles croisées ? Ou se sont-elles évitées ? Ludovic Slimak explique en détail les méthodes de datation. Quand a été découvert le « dernier Néandertalien », un échantillon est envoyé au laboratoire d’Oxford. Les résultats sont surprenants : 45 000 ans ! L’Université de Copenhague qui a pu extraire de l’ADN confirme qu’il s’agit bien d’un néandertalien. Nouveau résultat : Martin, un paléogénéticien de Copenhague lui écrit que Throrin a 105 millénaires ! Un problème se pose, les niveaux sont localisés dans une zone en dessous du corps de notre néandertalien de 105 000 ans à la Grotte Mandrin ! Un an plus tard, Hervé Bocherens, maître des analyses isotopiques, révèle qu’il s’agit d’un environnement datant entre 40 000 et 45 000 ans. « Nous nous trouvions à un triple embranchement, celui de l’archéologie (entre 40 000 et 50 000 ans), celui du radiocarbone (35e millénaire) et celui de la génétique (105e millénaire). Quelle discipline voyait juste ? Néandertaliens et Sapiens se sont-ils rencontrés ? Cet homme, Thorin, ce mort, a peut-être quelque chose à nous dire sur notre conception de l’effondrement des sociétés pour mieux nous faire comprendre notre humanité ? Souvent au fil de son récit Ludovic Slimak parle de la démarche scientifique, il faut savoir se remettre en cause. Il est passionnant pour le lecteur de le suivre dans ses hypothèses, ses méthodes de raisonnement, ses processus de recherches, ses explorations des possibles, ses interrogations, ses réactions devant les découvertes, ses questions sur la nature et les sociétés humaines … « L’archéologue doit accepter cette frustration d’un jonglage intellectuel permanent entre l’invisible et l’incertain ». Cela permet de vraiment comprendre comment se passent les recherches archéologiques sur le terrain et les recherches paléogénétiques en laboratoire, montrant que les découvertes sont le fruit d’une collaboration entre scientifiques de différentes disciplines.

Ludovic Slimak, Odile Jacob

5/5

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