« Je cherche à me saisir d’une catastrophe qui ne dit pas son nom » écrit Claire Dutrait, autrice, enquêtrice et chercheuse en écopoétique, au début de son ouvrage. Il s’agit de la pollution de la vallée de l’Orbiel. « Ce n’est pas un documentaire, ni un compte rendu d’enquête. Ce sont les restes d’une enquête qui a tenté de se saisir d’une catastrophe ». Elle a exploré avec un ingénieur de recherche au CNRS dans l’Aude, la mise de Salsigne, ancienne mine d’or et d’arsenic fermée en 2004. La poésie est très présente tout au long du récit, sous forme de poèmes, afin de mieux partager ses sensations : « remonter la vallée…sans maraichage, ni maintenant ni plus jamais dans l’année… sans frères dans les champs qui se penchent aux visages basanés »… Après avoir été déclarée comme la plus grande mine d’or et d’arsenic d’Europe au XX° siècle, la zone est déclarée comme la plus polluée de France !Des chercheurs mesurent les taux chimiques dans les corps, dans les sols, dans les eaux, dans les airs. Mais rien n’aboutit ! Et pendant ce temps, une petite fille souffre, vomissement de sang, raidissement des membres… En 2006, le nombre de cancers était déjà supérieur de 10 % à la moyenne établie dans l’Aude. Et pourtant il est difficile de se rendre compte car les collines ont la même couleur que celles de l’autre côté de l’Aude. Elle se rappelle des souvenirs d’enfance, la mort de sa mère due à un cancer… Son histoire résonne avec celle de la vallée. « Saisir ce qui reste de modernité ». Il s’agit d’observer. Faire le tour de la mine à ciel ouvert. Il s’agit de décrire. Elle imagine comment se passait l’exploitation, décrivant les techniques utilisées dans ce vaste complexe industriel et les tonnes de déchet stockées… Il s’agit d’écouter. Monsieur Archaoui lui raconte les sept concessions minières qui se sont succédées, les grèves et lui montre toute sa documentation. La phrase de Béatrice lui tourne tout le temps dans la tête : « Tu vois, on vit bien ici »… Elle projette un film. Il y a « des choses qui ne passent pas » comme les récits et contre-récits. La comparaison de la poudre d’arsenic à la neige lui inspire un poème sur les flocons qui volent… « Il y a des images qui flottent , qui se cristallisent comme des diamants, comme des cristaux d’arsenic… ». Claire Dutrait s’intéresse à l’étymologie des noms de lieux pour établir des liens. Elle se rend à la commémoration de la fermeture de la mine pour écouter les gens raconter la mine. « Ne tenir qu’à se disputer… Il est difficile de penser qu’on habite dans un monde dévasté tant qu’on y vit ». Le maire ne veut pas écouter ce qui lui disent les scientifiques qui sont venus avec leurs instruments pour faire des relevés. Elle présente comment la science est intervenue dans la vallée : sciences pour exploiter, sciences pour administrer et sciences pour alerter. Une chercheuse ne sait pas que les habitants n’accordent aucun crédit aux chercheurs envoyés par l’État. Il y a ceux qui ne veulent pas qu’on critique la mine, ceux qui, complices, ont en bien profité. « Il y des territoires qui meurent d’être tus ». Un géologue lui parle de failles, de filons, de mouvements de la Terre essentiels à connaitre pour comprendre comment s’est formée la chaine hercynienne avec ses filons d’or et d’arsenic. « Consister », elle fait le coup de la force de Coriolis à Habib qui en fait, travaillant à météo-France, sait bien mieux expliquer cette force fictive, différente de la force réelle du vent d’autan. Les gens ont nommé tout ce qu’ils ignoraient, fiction, religion, tradition. Il faut maintenant donner consistance à cet écrit. « je m’y suis engagée, j’ai convoqué le myhe Bovary, puis formé celui de Berthe. … J’ai enquêté… Ça s’est tout mélangé… Il a fallu dépasser les présupposés…c’est cette possibilité de rire au bord du gouffre qui m’a guidée ici » Entre fiction et réalité, entre constatations scientifiques et croyances des habitants qui « vivent en arsenic », Claire Dutrait, impliquée par son histoire personnelle, tisse un récit très personnel, empreint de poésie, pour tenter de nous faire saisir cette catastrophe sans nom.

Jardins secrets de Méditerranée
Jean Mus est architecte-paysagiste et a une passion pour la terre de Provence où il vit. Dane McDowell explique, au fil de cette promenade dans






